Une réunion avance bien, puis un collègue lâche : « Ah, tu prends les choses trop à coeur, c’est féminin ça. » Ou encore, à l’issue d’une décision ferme : « Elle est un peu agressive aujourd’hui, non ? » Ces remarques sexistes, les femmes managers les entendent dans des contextes professionnels variés – en réunion, en coulisses, lors d’un entretien individuel. La difficulté n’est pas de les reconnaître, mais de savoir quoi faire dans les secondes qui suivent.
Recadrer la remarque sexiste à chaud sans perdre son autorité managériale
L’instinct pousse souvent à laisser passer pour ne pas « créer d’ambiance ». C’est précisément ce que cette première section veut démonter. une remarque sexiste non recadrée s’installe comme une norme tacite dans l’équipe. Le silence vaut validation, pour l’auteur comme pour les témoins.
A découvrir également : Tranche d'âge la plus touchée par le chômage : quelles générations sont les plus impactées ?
Le recadrage à chaud ne demande pas un discours. Il demande une phrase courte, posée, immédiate. Quelques formulations opérationnelles qui fonctionnent en contexte managérial :
- Reformuler en miroir : « Tu peux préciser ce que tu veux dire par là ? » Force l’auteur à expliciter son propos, ce qui suffit souvent à lui faire prendre conscience de ce qu’il vient de dire.
- Nommer sans accuser : « Cette remarque est liée à mon genre, pas au fond du dossier. On revient au dossier ? » Cela repositionne l’échange sur le professionnel sans déclencher un conflit.
- Poser une limite claire : « Ce type de commentaire n’a pas sa place ici. » Une phrase, pas de justification. La tonalité calme rend la limite plus ferme qu’un ton élevé.
Ce qui compte, c’est la régularité du recadrage, pas son intensité. Une manager qui reprend systématiquement, même brièvement, construit une posture lisible pour toute l’équipe.
A voir aussi : Organiser un séminaire inoubliable aux Salons Hoche, avenue Hoche, Paris
Distinguer remarque isolée et comportement sexiste répété dans l’équipe
Une collègue vous rapporte qu’un membre de l’équipe fait régulièrement des commentaires sur son apparence ou remet en question ses compétences en réunion avec des formulations qui n’auraient pas été utilisées envers un homme. Ce cas est différent de la remarque adressée directement à la manager : il engage sa responsabilité de transmission.
Le Code du travail interdit tout agissement lié au sexe qui porte atteinte à la dignité ou crée un environnement intimidant, dégradant ou offensant. la répétition n’est pas nécessaire pour caractériser un agissement sexiste : un propos isolé peut suffire dès lors qu’il remplit ces critères. Pour une manager, cela signifie qu’attendre un « deuxième incident » avant d’agir n’est pas une posture défendable.
Concrètement, la démarche de transmission implique plusieurs points :
- Informer la personne concernée de ce qui sera transmis, à qui et pourquoi, avant de le faire. Cette transparence évite qu’elle se sente dessaisie de sa propre situation.
- Orienter si besoin vers le référent harcèlement de l’entreprise ou un élu du CSE, qui dispose d’un droit d’alerte distinct du circuit RH. Ce levier est souvent méconnu et permet à la salariée d’avoir un interlocuteur différent.
- Documenter : noter la date, le propos exact, le contexte et les témoins éventuels. Un signalement flou est difficile à traiter ; un signalement précis protège à la fois la personne concernée et la manager qui remonte l’information.

Gérer les stéréotypes de genre qui remettent en question son style de management
Une manager prend une décision ferme : on la dit « froide ». Elle exprime un désaccord : on la dit « agressive ». Elle adapte son style à son interlocuteur : on la dit « instable ». Ces qualificatifs ne seraient pas utilisés pour un homme adoptant les mêmes comportements. Ce double standard est l’une des formes les plus tenaces du sexisme ordinaire en entreprise.
Face à ces stéréotypes, deux erreurs sont fréquentes. La première est de chercher à s’y conformer (adoucir le propos, sur-expliquer les décisions) pour éviter le jugement. La seconde est de les combattre frontalement à chaque occurrence, ce qui épuise sans résoudre. l’efficacité vient d’une posture constante, pas d’une réponse à chaque stéréotype.
Cette posture repose sur quelques axes pratiques :
Rester cohérente dans le temps : un style managérial stable, appliqué de la même façon quel que soit l’interlocuteur, rend les stéréotypes moins « accrochables ». Le stéréotype prospère dans le flou.
Mettre les faits au centre : ancrer systématiquement les échanges sur des indicateurs, des résultats, des critères objectifs. Cela déplace le terrain du jugement subjectif vers le professionnel mesurable.
Ne pas porter seule la charge de preuve : si un stéréotype est verbalisé par un pair ou un supérieur, il est légitime de demander sur quelle base repose l’évaluation, exactement comme on le ferait pour n’importe quel feedback professionnel.
Construire un environnement d’équipe où les remarques sexistes ne s’installent pas
La posture défensive (réagir quand ça arrive) ne suffit pas. Une manager féminine peut aussi agir sur le terrain préventif, sans que cela nécessite de mettre en place un programme structuré.
Les leviers concrets tiennent souvent dans des pratiques quotidiennes. Nommer les comportements inclusifs attendus dès l’intégration d’un nouveau membre, pas seulement dans le livret d’accueil mais dans les premiers échanges. Intervenir quand on est témoin d’une remarque adressée à quelqu’un d’autre dans l’équipe, même si ce n’est pas soi qui est visée : le rôle de témoin actif est aussi une posture managériale.
L’environnement de travail compte autant que l’intention de l’auteur d’une remarque. Un commentaire « bienveillant » sur la maternité ou les horaires d’une collaboratrice peut contribuer à un climat dégradant même s’il n’était pas formulé avec malveillance. Ce que le Code du travail protège, c’est l’environnement perçu, pas uniquement les intentions déclarées.
La réponse varie selon la position de l’auteur des propos : un pair, un subordonné et un supérieur hiérarchique n’appellent pas exactement les mêmes leviers d’action, et prétendre le contraire serait inexact. Ce qui reste constant, c’est la nécessité de ne pas laisser le propos sans réponse visible, quelle que soit la direction d’où il vient.
Tenir cette posture sur la durée demande de ne pas isoler ces situations comme des incidents à gérer au cas par cas, mais de les traiter comme ce qu’elles sont : des signaux sur le climat de l’équipe, qui relèvent pleinement de la responsabilité managériale.

