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J’ai rencontré Yolande Libene, fondatrice de Bossie

Il y a des rencontres qui peuvent changer le cours de votre semaine. Dans ce cas, les paroles échangées résonnent constamment dans votre tête et vous avez comme des ailes qui commencent à pousser… Voilà l’effet que m’a procuré ma rencontre avec Yolande Libene, fondatrice de Bossie.

Yolande, c’est une jeune fille pétillante, inspirante et bien dans ses baskets qui nous prouve que tout est possible. Son discours n’est pas lisse ou attendu. Nous avons parlé de l’échec, de l’éducation, de la famille, de la place des femmes dans notre société et bien sûr de son media « Bossie ».

Tout un programme !

 

Après une journée bien chargée, nous nous retrouvons sur la terrasse d’un café. Fin de l’été, Yolande s’(m’)accorde une pause pour papoter, avant de boucler sa valise pour une nouvelle destination et de travailler encore quelques heures sur le bouclage du premier numéro officiel de sa revue.

Nous sommes dans l’environnement de l’entrepreneure : Paris. La ville où elle est née.

A ce moment précis vous vous dites, peut-être, que l’histoire est toute écrite. En vivant dans la capitale française, elle a surement créé son réseau sans difficultés et a fini par entreprendre comme beaucoup de millenials parisiens.

Cela aurait pu être son histoire en effet… mais ce n’est pas le cas !

 

 

LA OU ON NE L’ATTENDAIT PAS


Dès son plus jeune âge, Yolande a quitté Paris pour rejoindre la banlieue. « Ce déménagement a changé ma vie bien que j’étais trop jeune pour comprendre sur le coup. » me confie-t-elle. « En aménageant à Noisy-le-Grand, mon père a voulu nous offrir une enfance plus agréable… proche de la nature » m’explique l’entrepreneure.

Mais au fil des années la ville change, jusqu’à comptabiliser le plus gros taux de mixité de France. « Il y avait dans la ville beaucoup de personne très riches mais aussi des habitants très pauvres », se souvient Yolande, « et nous, nous étions au milieu. Véritablement dans la classe moyenne. ».

En commençant sa scolarité dans un climat qui était qualifié de « craignos », Yolande s’est toujours sentie entre deux mondes. « Mes parents ont fait de très bonnes études. A la maison on parlait français, nous discutions de politique et de philosophie. Il y avait un climat très intello et littéraire. » me raconte-t-elle. « Lorsque je regardais autour de moi, mes amis avaient pour la plupart des parents qui ne parlaient pas français. Du coup à l’école, les professeurs semblaient partir en croisade pour nous sauver… s’ils ne baissaient pas les bras immédiatement. Je ne les blâme pas, car ils n’avaient pas les moyens de faire autrement, mais je l’ai très mal vécu. ».

Son rapport sceptique sur le système scolaire français ne s’atténuera pas avec les années…

Yolande Libene, fondatrice de Bossie - makeitnow.fr
@ Julien Vallon

 

Il faut dire que Yolande a des rêves plein la tête et sait parfaitement où elle veut aller ! Seul petit problème –  sur le papier – ce n’est pas vraiment où on l’attend.

« Très jeune j’ai eu envie de voyager, de parcourir le monde, persuadée que je pourrais changer les choses. A l’école quand j’énonçais mes projets on me disait que je délirais. ».

Il faut dire que la petite Yolande est passionnée de politique. Chose peu commune pour une enfant, peu importe le milieu social dans lequel il évolue. « Mon premier exposé était sur Kofihanan. J’étais au CE2. Mon obsession était de changer le monde. Comme j’étais fan de Michèle Cotta (une journaliste politique) mon père m’avait dit « si tu veux être Michèle Cotta un jour tu devras faire Sciences Po ». C’est resté dans ma tête. Je savais que je voulais faire quelques choses dans la presse ou faire de la politique. »

Lorsque Yolande évoque à l’école sa volonté d’entrer à Sciences Po plus tard, on lui rétorque que si elle aime écrire « le secrétariat » serait très bien pour elle. Elle comprend immédiatement qu’elle devra se donner seule les moyens d’y arriver.

En se remémorant ces années elle me confie : « Je n’ai jamais obtenu les félicitations lorsque j’étais au lycée. Les professeurs ne m’appréciaient pas vraiment, excepté mon professeur d’histoire, car je n’avais pas le profil d’une élève modèle. J’étais plutôt grande gueule et j’avais souvent l’impression de perdre mon temps. Je ne les comprenais pas… moi j’avais un objectif et je voulais que l’on m’aide à l’atteindre. »

Pour Yolande le graal est Science Po et à cette époque elle en est persuadée, cette admission va changer sa vie.

 

 

REBONDIR APRES L’ÉCHEC


Yolande, déterminée, passe le concours de Sciences Po à la sortie du lycée et intègre une prépa en attendant les résultats.

Le résultat c’est sa sœur qui lui annonce … « C’était l’horreur. J’étais en cours lorsque j’ai lu le message. Pendant tout le trajet c’était horrible… mais quand je suis arrivée chez moi mes parents avaient décoré ma chambre. Ils avaient acheté des pâtisseries et avaient mis de la musique pour me remonter le moral. ». Une réaction extrêmement bienveillante. « Mon père m’a fait faire une balade en me disant de pleurer, de crier, de m’énerver tout en me rappelant que ce n’était pas grave car je l’aurais plus tard. »

Yolande se laisse pleurer. « Il faut faire le deuil pour pouvoir passer à autre chose. » confie-t-elle. Mais paradoxalement après cette période elle se sent plus forte que jamais. « Après avoir passé et surmonté cet échec j’ai eu la force de faire beaucoup de choses. Je n’avais plus peur d’échouer. »

Après son année de prépa, Yolande tente à nouveau le concours.

« J’étais beaucoup plus sereine. Je n’étais pas du tout la même personne. J’étais plus confiante, tout en me disant que si je ratais le concours ce n’était pas si grave. ». Cette posture a porté ses fruits, car Yolande atteint son rêve d’enfance. Encore enthousiaste, elle me raconte : « J’étais dingue lors de mon admission. Le président de Sciences Po passait souvent à la télévision à cette époque. Dès que je le voyais j’étais hystérique à l’idée de rentrer dans son école. J’étais tellement perchée que j’ai même raté le jour de la rentrée ! »

 

 

DE NOUVEAUX HORIZONS


Yolande voit alors ses rêves se confronter à la réalité « Je ne m’attendais pas à ce que Sciences Po soit aussi énorme. Je pensais que l’on serait plus encadré, car je venais de la prépa où nous avions un suivi très important. C’était la première fois où je devais travailler de façon réellement autonome. » se souvient l’entrepreneure.

Alors que tout le monde se bat pour atteindre les premières places. Yolande reste plus relaxe. Il faut dire qu’elle a pour objectif de passer sa troisième année en Afrique du sud, une destination un peu moins prisée. Mais surtout, après toutes ces années, elle a besoin de relâcher la pression. « J’étais fatiguée, alors je ne me suis pas investie a 100%. Je pourrais le regretter, mais ce n’était pas le moment… ». Yolande a appris à s’écouter.

Finalement, elle passera sa troisième année à New-York. Son travail pour une ONG sur place définira ses prochains amours :  la communication et l’entrepreneuriat. « A New-York tout est fait pour développer son business, car c’est une ville organisée autour du travail. » souligne-t-elle.

Les horizons multiples et la diversité l’enthousiasment et lui rappellent alors que tout est possible.

 

 

DISCRIMINATIONS ET DÉTERMINATION


De retour en France Yolande a mille étoiles dans les yeux, mais prend « une grosse claque » en étant confrontée à pour la première fois de sa vie à la discrimination à l’embauche.

Cette mésaventure la pousse à s’interroger sur le fait d’être une femme noire. « Je n’avais jamais été investie dans des mouvements anti-racistes. Ce n’était pas une problématique pour moi, car je n’avais pas perçu que j’aurais pu être discriminée pour ma couleur de peau… J’ai voulu comprendre. En faisant des recherches j’ai découvert un article sur « le concept de la menace du stéréotype » » m’explique Yolande.

Ce concept de la menace du stéréotype révèle que les stéréotypes ont deux effets et conséquences : le fait de discriminer quelqu’un et le fait qu’une personne potentiellement discriminée se dévalorise d’office en intégrant le risque comme acquis.

Du coup, Yolande s’interroge : « Est-ce qu’en parlant de ma discrimination je ne renforce pas le stéréotype ? ». Sa réponse est sans appel « Le meilleur moyen d’agir est de tuer les stéréotypes que nous pouvons avoir, en développant la confiance en soi ».

Pour répondre à ce besoin, l’entrepreneure crée dans un premier temps l’association « Rosa Parks » qui s’adresse à des femmes qui lui ressemblent, avant de créer l’association « Sistas Club ». « J’ai pivoté en me disant qu’il ne fallait pas s’adresser aux femmes qui ont déjà ma démarche, mais plutôt parler aux jeunes filles qui ne sont pas encore entrées dans la vie active et les aider à développer leur confiance en elles ».

 

Yolande a trouvé une nouvelle voie, bien loin des concours de l’ENA : l’entreprenariat social.

Elle se souvient que « lorsque je l’ai annoncé à mes parents ils m’ont dit qu’ils me soutiendraient pendant un an, car j’avais encore le statut d’étudiante, mais qu’ensuite je devrais trouver « un vrai travail ». ».

A la fin de l’année, l’engagement est tenu puisqu’on lui propose un poste de « talent manager » dans une startup. « Je n’ai pas compris l’intitulé du poste, mais je me suis rendu compte que les missions me correspondaient vraiment. Ça avait l’air fou. Nous avions une vision commune. En plus, j’ai immédiatement été séduite par l’environnement et le fait de travailler entre jeunes » me raconte Yolande.

Elle y travaillera pendant deux ans. Le temps d’être rattrapée par son envie d’entreprendre. « C’était aussi un moment où je sentais que je pouvais m’émanciper auprès de mes parents et m’assumer » confie-t-elle.

 

 

LE MEDIA DE CELLES QUI EN VEULENT.


« J’avais peur de lancer ma boite toute seule », se souvient Yolande, « Je voulais m’associer à quelqu’un qui avait déjà un projet, mais je n’ai pas trouvé la perle rare. Du coup, j’ai pris le temps de trouver ma propre idée. J’ai d’abord eu l’envie de développer une application pour le recrutement des femmes. J’en ai alors parlé avec des amies RH. Elles m’ont toutes dit que c’était une très mauvaise idée et qu’elles ne paieraient jamais pour cela. ». Une franchise qui lui a sûrement permis d’éviter bien des tracas et des désillusions.

Mais Yolande avait déjà commencé à envoyer une newsletter sur la thématique de l’emploi pour les femmes, afin de créer une communauté autour de sa future application. Bien que celle-ci ne verrait pas le jour, la newsletter elle était déjà très appréciée. L’entrepreneure qui s’interrogeait alors sur l’intérêt de cet envoi sans produit final à la clé a donc consulté sa sœur pour avoir son avis. « Elle m’a immédiatement conseillé de créer un media. Pour moi créer un media seule me paressait invraisemblable. » me raconte Yolande.

Elle fait tout de même des recherches et se dit que l’idée d’un magazine est tout de même possible.

Pour s’assurer que c’est le bon projet elle convie à un brunch son entourage pour le leur présenter.  Leur réaction est unanime : « mais c’est ce que tu as envie de faire depuis toujours ! ». « Alors que c’était une révélation pour moi, c’était une évidence pour tout le monde. » s’amuse Yolande.

 

Bossie media est né.

L’aboutissement de toutes les choses que Yolande a pu faire avant. « Ce media centralise et synthétise toutes mes expériences. C’est un message et un moyen de transmission : un contenu qui parle de développement personnel, des femmes, de carrière, de société et un contenant qui me correspond, car je suis obsédée par l’écrit et le papier. »

Bossie n°0

Si Bossie est le reflet de sa fondatrice c’est aussi une histoire d’équipe. « J’ai créé Bossie seule, mais on n’est jamais vraiment toute seule dans un projet entrepreneurial. J’ai tout un écosystème autour de moi. Aujourd’hui je me concentre sur le développement de la boite, j’ai une collaboratrice pour l’éditorial et nous travaillons avec beaucoup d’indépendants. » confie Yolande.

« Ce que j’aime dans le fait de travailler avec une équipe c’est que je peux me laisser surprendre malgré l’image très précise que j’ai de mes projets. Par exemple, j’avais une vision pour la couverture de Lisa Gachet (la créatrice du blog , de la marque et de la boutique Make My Lemonade). Le photographe a fait ce que je lui ai demandé, mais aussi une photographie qui correspondait à sa vision. Il m’a présenté les deux. Son initiative était mieux que ce que j’avais demandé et ça c’est super. J’adore lorsque les photographes s’approprient le concept. D’ailleurs ils disent souvent au modèle « cette pose n’est pas assez Bossie ». C’est très amusant. »

 

Bossie media - makeitnow.fr

 

 

Ce qui est intéressant c’est que Bossie est conçu comme une marque.

Chacune peut se l’approprier et elle semble pouvoir se décliner à l’infini. L’objectif de Yolande est clair et assumé : « Il faut que ça devienne une référence pour changer le regard que l’on porte sur les femmes ».

Il faut dire que chaque femme se voit souvent contrainte de porter un masque en entreprise. « C’est une stratégie de survie. Il y a celui de la séductrice, la rigide, la sympa qui fait des gâteaux aux équipes. J’ai beaucoup d’empathie pour les femmes. C’est le groupe qui impose un statut aux femmes. La femme qui « en impose » fait peur aux hommes, comme aux femmes. Nous avons toutes conscience que l’on risque de ne pas être acceptée si on sort de l’imagerie collective. » souligne Yolande.

Alors, c’est en montrant d’autres modèles, comme dans Bossie, que l’on va réussir à faire changer la perception et l’émancipation des femmes au travail.

J'ai rencontré Yolande Libene fondatrice de Bossie - makeitnow.fr
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Voici l’histoire de la fondatrice de Bossie.

Je pourrais vous parler encore des heures de Bossie et vous expliquer pourquoi j’aime tant cette idée de revue. Mais j’ai eu plutôt envie de vous faire entrer dans les coulisses, de vous prouver que c’est à vous d’écrire votre histoire en suivant votre parcours, avec ses détours, pour atteindre vos objectifs. #makeitnow

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14 Comments

  • Mademoiselle A
    1 mois ago

    Merci pour ce super portrait, je découvre au passage Bossie dont je n’avais jamais entendu parlé et je vais essayer de me le procurer ici à Barcelone. J’aime l’idée d’un média pour les femmes, par les femmes qui nous dresse un autre paysage que le régime de l’été. Super article. Merci.

    • 3 semaines ago

      Je suis tellement contente de t’avoir fait découvrir le magazine 🙂 Je pense que tu peux le commander sur leur site. Tu me diras ce que tu en as pensé 🙂

  • 4 semaines ago

    Bravo c est effectivement une entrepreneuses très inspirante. Bravo à vous deux les filles

    • 3 semaines ago

      Merci beaucoup Céline 🙂 Oui elle a une énergie folle !

  • Hello Lauriane,

    Une interview vraiment captivante. Merci pour ce travail et la mise en lumière de Yolande et son projet.
    Célia

  • karinemademehappy
    3 semaines ago

    Une belle rencontre, très enrichissante! Merci de l’avoir partagée avec nous!

    • 3 semaines ago

      Merci Karine. J’étais obligée de partager 😉 J’espère que ça va vous inspirer à concrétiser tous vos rêves.

  • Koli
    3 semaines ago

    J’ai l’impression que Yolande est une fille pleine d’énergie, créative et motivée. C’est bien qu’elle ne s’est pas découragée!

    • 3 semaines ago

      Oui c’est tout a fait ça. Elle nous prouve que tout est possible !

  • Belle découverte ! Je ne connaissais pas du tout ce magazine. En tout cas, le parcours de Yolande est vraiment très inspirant. Je rêve aussi de me lancer en tant qu’entrepreneure sans non plus savoir vers quoi me diriger. Et puis ce sentiment de peur…

    • 3 semaines ago

      Comme tu peux le voir avec le parcours de Yolande la peur ne doit pas t’arrêter. Il faudra réussir à transformer cette boule au ventre en boule d’énergie qui te permettra de te surpasser. Même si le chemin peut être long n’oublie pas que tous tes rêves sont à ta portée Cindy.

  • 2 semaines ago

    Ton blog est une vraie source d’inspiration.
    Je me suis laissée happer par le titre du média “Bossie”. Faut dire que ça annonce la couleur. Une manière de s’imposer ou plutôt de (re)prendre sa place.
    Le parcours de Yolande est aussi très encourageant.
    Merci pour la découverte

    • 2 semaines ago

      Merci beaucoup 🙂 Ton commentaire me va droit au cœur et tu as parfaitement résumé Bossie !
      A très vite

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