Merci Simone Veil !

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Doit-on attendre que les gens nous quittent pour les admirer ?

La réponse est : non. Depuis des années nous sommes beaucoup à vouer une véritable admiration pour la Grande Simone Veil. Plus qu’un symbole, c’est une histoire, une personnalité qui nous rappelle chaque jour en tant que femme, mais aussi en tant qu’Homme, que nous devons apprécier et préserver nos droits et notre liberté qui ont été si difficilement acquis.

Aujourd’hui, à l’âge de 89 ans, Simone Veil nous a quitté. Une occasion pour se souvenir de son incroyable parcours, de ses drames et de ses combats.

C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer mon portrait de la semaine à cette femme extraordinaire.

 

 


L’HISTOIRE DANS L’HISTOIRE


Ils sont rares les juifs français qui ont survécu à la déportation d’Auschwitz, Simone Veil en fait partie.

Elle portera d’ailleurs toute sa vie la marque de ce drame. Sur son bras gauche elle gardera le tatouage de son matricule 78651. « Certains rescapés ont préféré tenter de tourner la page en effaçant le numéro que les nazis avaient tatoué sur leur bras, d’autres ont décidé d’affronter le “souvenir”, C’est le cas de maman. L’été, elle était souvent bras nus, son numéro était encore plus visible qu’aujourd’hui. » explique son fils Pierre-François.

 

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Simone Veil est née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice dans une famille bourgeoise, aisée.

Sa mère bien qu’elle se consacre à ses quatre enfants – Denise, Madeleine, Jean et Simone – a étudié la chimie tandis que son père est un architecte reconnu qui a remporté le second Grand Prix de Rome. Mais sa carrière prendra fin du jour au lendemain. En 1940, le « statut des juifs » est proclamé, les Jacob ne seront plus jamais une famille comme les autres. Pourtant, au sein du cocon de cette vieille famille juive, installée en France depuis des générations, la religion n’est pas prédominante. « L’appartenance à la communauté juive était hautement revendiquée par mon père, non pour des raisons religieuses, mais culturelle. A ses yeux, si le peuple juif demeurait le peuple élu, c’était parce qu’il était celui du Livre, le peuple de la pensée et de l’écriture. » écrit Simone Veil dans son autobiographie.

 

A l’aube du 13 avril 1944, ils sont arrêtés par les Allemands.

 

S’en suivra pour Simone, sa mère et sa sœur deux jours et demi plus tard de route embarquées dans des wagons à bestiaux, direction la Pologne. Le destin tragique semble inévitable pour la jeune Simone qui n’a que 16 ans. Mais en chemin un déporté lui conseille de dire qu’elle a 18 ans. Deux années de plus qui font la différence puisqu’elle évitera ainsi les chambres à gaz.

Comme du bétail, les allemands tatouent sur chaque déporté leur matricule sur le bras. Neuf mois de travaux de terrassement à quelques kilomètres d’Auschwitz-Birkenau suivront. Le 18 janvier 1945 débute la « marche de la mort ». Pour déjouer les troupes soviétiques, une longue marche de 70 kilomètres dans la neige débute. Après avoir été entassé dans le camp de Mauthausen elles sont emmenés dans le camp de Bergen-Belsen. Sa mère s’éteindra dans ce camps, foudroyée par le typhus.

 

 


RÉSISTANTE ET COMBATTANTE


Lorsque Simone Veil est de retour en France elle a une énergie stupéfiante. Surement l’instinct d’une survivante.

 

Pour faire bouger les lignes elle s’inscrit à Sciences Po. Si elle se marie et élève ses trois garçons comme les standards de la société elle clame sa liberté et donc son indépendance.  Pour cela  Simone en est certaine : une femme doit travailler. « Elle a toujours eu un instinct vital très fort, comme si elle voulait inscrire son nom et celui de sa lignée dans la pierre. Quand on a survécu au plus grand drame du XXe siècle, on ne voit évidemment pas la vie de la même manière. Les enfants, le travail, la politique : elle a tout fait comme si elle défiait la mort. Elle voulait être exemplaire aux yeux de ses enfants, de ses proches et surtout, de tous ceux qu’elle a perdus. » , constate l’ancienne députée (UMP) Françoise de Panafieu.

 

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GAMMA-KEYSTONE GETTY IMAGES

 

Non sans peine, Antoine Veil, son mari accepte qu’elle se dirige vers la magistrature.

 

 


FIGURE HISTORIQUE DE LA POLITIQUE FRANÇAISE


Si Simone Veil fait ses armes dans le Mouvement Républicain Populaire (MRP), elle apprécie tout particulièrement Pierre Mendès France, et vote même socialiste dans l’isoloir.

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Simone Veil se rend aux urnes en Fiat 500, le 10 Juin 1979. Photo Philippe Ledru. AKG-Images

 

Une affinité pour la gauche qui lui permet de percevoir le mouvement de mai 1968 comme une révolution constructive. « Contrairement à d’autres, je n’estimais pas que les jeunes se trompaient : nous vivions bel et bien dans une société figée », écrit-elle.

En 1969, elle mettra dans les urnes un bulletin au nom de Georges Pompidou. Un vote qui annonce une lignée des grandes premières.

Elle intégrera tout d’abord le cabinet du garde des sceaux, puis sera la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, avant d’être la première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF, la première ministre de la santé, la première présidente du Parlement européen, la première femme à occuper le fauteuil de Racine lors de son entrée à l’Académie Française.

 

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POUR LA LIBERTÉ DE LA FEMME


Avec sa détermination Simone Veil, alors juriste de 46 ans sans étiquette, s’apprête à déplacer des montagnes.

 

Ce ne sont pas les diplômes ou le statut qui l’impressionne. Pour elle seule l’action compte. Ce jour de 1974, il fallait oser accepter la proposition de devenir ministre de la santé au sein du gouvernement de Jacques Chirac sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

 

Sa première mesure restera dans l’histoire. Simone Veil présente très rapidement un texte pour autoriser l’IVG.

 

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AFP

 

Elle montera à la tribune de l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974 face à une assemblée constituée d’hommes à 100%.

 

« Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. »

 

Les réactions ne se font pas attendre. Dans la ville, comme lors du débat « A cette époque, certains de ses amis ne voulaient plus la recevoir, d’autres ont cessé de lui adresser la parole. On imagine mal, aujourd’hui, la violence des débats. », raconte Françoise de Panafieu, dont la mère, Hélène Missoffe, était secrétaire d’Etat à la santé dans le même gouvernement.

Le député René Feït va jusqu’à faire écouter les battements du cœur d’un fœtus.

 

Simone Veil semble alors seule contre tous. Pourtant Le Nouvel Observateur titre rapidement « Simone Veil : révélation de l’année ». Le 29 novembre 1974, au coeur de la nuit, la loi est votée par 284 voix contre 189.

 

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Simone Veil, alors ministre de la santé, quitte le palais de l_Elysée à l_issue d_un entretien avec Valery Giscard d_Estaing, président de la République – AFP

 

Simone Veil restera cinq ans au ministère de la santé. Elle reprendra même ce poste de 1993 à 1995 dans le gouvernement d’Edouard Balladur.

 

 


CONSTRUCTION EUROPÉENNE


En 1979, alors que Simone Veil est élue députée européenne, le Président Valéry Giscard d’Estaing la nomme présidente du premier Parlement européen.

 

« Qu’une ancienne déportée accède à la présidence du nouveau Parlement de Strasbourg lui paraissait de bon augure pour l’avenir », écrit-elle. Simone Veil a pour ambition de participer à l’idéal européen. Elle dira souvent : «Au cours du XXe siècle, l’Europe a entraîné à deux reprises le monde entier dans la guerre. Elle doit désormais incarner la paix.»

 

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Simone Veil est la première femme à être élue présidente du Parlement européen, à Strasbourg, le 17 juin1979 – AFP

 

Si Simone Veil combat pour la réconciliation de la France et l’Allemagne, elle n’oubliera jamais. La mémoire du génocide ne quittera jamais Simone Veil. « J’ai le sentiment que le jour où je mourrai, c’est à la Shoah que je penserai », affirmait-elle en 2009. C’est pourquoi elle œuvra sans relâche en faveur de la mémoire du génocide.

En 1995, Jacques Chirac la proclamera même présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

 

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A la fin des années 2000, bien que Simone Veil reste l’une des personnalités préférées des français, elle se retire peu à peu de la vie publique. Une façon de laisser aussi la place à de nouvelles icônes prêtent à continuer le combat, à faire bouger les codes.

Aujourd’hui plus que jamais nous nous devons de prendre la relève… A notre tour d’être en avance sur notre temps !

 

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En février 1987, à Paris. Photo Micheline Pelletier. Gamma

Merci Simone pour l’inspiration …

Le très faible nombre de femmes et la promesse de parité portée par Emmanuel Macron pourrait laisser présager que cette Grande dame puisse entrer au Panthéon. Mais pour s’en assurer on peut signer ici la pétition proposée par Politiqu’elles.

42 thoughts on “Merci Simone Veil !

  1. J’ai signé la pétition !!!
    Merci pour ce rappel de ce parcours, il y avait quelques trucs que je ne savais pas (notamment qu’il fallait dire qu’on avait 18 ans pour ne pas partir dans les chambres à gaz).
    Bref, une grande dame !

    Aimé par 1 personne

  2. L’annonce de son décès m’a fichu le cafard aujourd’hui…

    On peut lui dire un grand merci parce sans elle, je ne sais pas si nous aurions la chance de disposer librement de notre corps aujourd’hui. Quand on voit à quel point, au bout de pourtant 40 ans, ce droit est encore fragile parce que régulièrement remis en question, on se dit qu’il va falloir qu’on reste vigilantes !

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  3. Cette femme d’un charisme fou, a fait tellement pour la cause de femmes. Elle est un exemple et elle restera surement encore une inspiration pour les générations à venir.
    Un parcours dur et une force de caractère indéniable, Madame Veil inspire le respect. J’admire cette femme et je suis fière que dans notre pays il y ai des personnalités telle qu’elle pour faire bouger les lignes et permettre une avancée de la société.
    Merci Lauriane d’avoir pris le temps de lui rendre hommage avec ton article très complet.

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  4. Merci pour cet article enrichissant, je n’en connaissais pas la moitié !
    Maintenant c’est notre rôle de perpetuer son travail pour ne pas la laisser aller dans l’oubli !

    Des bisous, Margaux

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  5. Je découvre justement la violence des débats de l’époque depuis l’annonce de sa mort et merde, quel courage pour tout ça.
    On est toujours entouré de cons et rien n’est jamais gagné, souhaitons-nous d’autres Simone !

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  6. Merci de partager l’immense histoire de cette brave femme, c’est un exemple pour nombre d’entre nous. C’est à nous de continuer ce qu’elle a commencé, on doit se battre pour préserver nos droits! Très belle article en tous, je te félicite. Gros bisous ma belle

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  7. Un article très riche et très bien écris comme toujours 🙂 Je trouve ça extraordinaire que tu es écris un article si vite sur ce personnage de caractère qui a marqué et marquera des générations !!

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  8. L’article est magnifique, les photos sont splendides, l’histoire est à graver dans la pierre … 10/10 pour cet hommage que tu manié d’une main de maître. On voit le gros travail de recherches, d’histoire, de politique et on se rappelle que cette femme a tout donné pour que nous autres, femmes du XXIeme siècle puissions vivre LIBRE. Si j’avais une fille, je l’appelerais SIMONE. Merci ❤

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  9. Merci pour cet article hommage magnifique qui m’a mis les larmes aux yeux. Quelle femme exceptionnelle, quel courage, quelle détermination…. Et aussi quelle vision, qui comme tu dis est maintenant à nous de faire perdurer, de porter. J’en ai profité pour signer la pétition!

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  10. J’ai toujours admiré cette icône qui a révolutionné les droits des femmes et sans qui, aujourd’hui, le monde français serait bien différent. En raison d’un mémoire que j’ai du réalisé dans le cadre de mes études, j’ai eu l’honneur de la rencontrer et je peux dire que,même âgée, elle fut et restera toujours une grande femme.

    Aimé par 1 personne

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