J’ai rencontré Zoé Zoo et Charlotte Herzog, co-fondatrices de Galante

J’ai rencontré Zoé Zoo et Charlotte Herzog, co-fondatrices de Galante

Galante et moi c’est une longue histoire. En 2014, on s’apprivoise autour de travaux de sérigraphie. Je suis séduite par la volonté et l’irrévérence de ces filles qui osent un projet à la ligne éditoriale érotico-féministe, dans ces années où le féminisme ne tenait pas encore le haut de l’affiche.

Durant trois années on garde le contact via les réseaux sociaux et les événements pour la sortie de chaque numéro. Mais jusqu’à présent je ne connaissais qu’une partie du duo. Zoé, qui appliquait avec minutie les couches de peinture sur mes boîtes en carton qu’elle sérigraphiait, mais ça c’est une autre histoire.

Il aura donc fallu ces trois années passées pour que l’on se retrouve le 8 mars, journée internationale de lutte des femmes, pour l’égalité des droits, et anniversaire du fanzine. Autour d’une table, on discute, on débat, on se questionne et on rit même parfois. Car parler d’érotisme et de féminisme ça demande d’être entier.

Aujourd’hui j’ai donc décidé de vous raconter l’histoire de Galante.

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Des femmes qui osent !


Galante c’est un collectif. Mais à la tête de cette équipe 100% féminine, il y a les deux fondatrices. Un duo complémentaire qui partage une même quête de liberté, Zoé Zoo et Charlotte Herzog.

 

Charlotte, c’est la plume principale de Galante, la rédactrice en chef, baroudeuse dans l’âme. Charlotte semble n’avoir peur de rien et sait s’écouter. Après une première expérience dans la publicité, suite à l’obtention de son master, elle prolonge son expérience au Brésil, puis rentre en France où elle multiplie les petits boulots, avant de trouver sa voie dans le journalisme. Presque par hasard.

Alors qu’elle travaille dans un bar, elle renverse son verre sur un client. En découle une discussion durant laquelle l’homme lui conseille de passer le concours d’une école de journalisme. Il fallait oser, à 25 ans, revenir sur les bancs de l’école. Mais Charlotte sait se donner les moyens de sa réussite.

Durant ses études de journaliste, elle décroche un travail d’hôtesse à l’accueil dans une entreprise pour payer son loyer. Zoé est sa collègue.

 

Zoé, la signature visuelle de Galante, Directrice Artistique, elle, a fait une formation de graphiste. Tout comme Charlotte, c’est à son retour de voyage qu’elle a accepté ce poste. Les filles ressentent immédiatement un feeling, et s’ennuient aussi rapidement, derrière leur comptoir.

Charlotte en profite pour écrire, sous l’œil bienveillant de Zoé, un article demandé par un media pour lequel elle travaille. Le thème et l’angle sont définis : « La levrette est-il un acte anti-féministe ? »

Bien que les filles soient fières de ce papier, il n’est pas validé par la rédaction. Zoé, est particulièrement interpellée par cette décision. Elle qui souhaite valoriser l’érotisme au féminin, n’a jamais concrétisé son envie, car elle avait identifié que les images devraient être accompagnées d’écrits pour interpeller le lecteur. L’occasion est trop belle. D’autant que de leur poste, elles constatent amèrement la tristesse des gens et, particulièrement inquiétant, la misogynie entre femmes. Ce phénomène sociétal est représentatif d’un manque de liberté et de frustration. Pour y remédier, rapidement, Zoé et Charlotte s’interrogent sur le fait de publier leur propre média.

« On avait envie de s’exprimer, mais on ne savait pas comment faire. Je voulais faire de l’érotisme pour femmes parce que je trouvais que c’était un domaine dans lequel je pourrais graphiquement m’éclater », m’explique Zoé.

C’est en liant, leur deux compétences qu’un espace érotico-féministe est né. Car dans leur démarche il n’y a pas de frontière. Comme le souligne Charlotte, « Le féminisme passe à travers le prisme de l’érotisme, l’acceptation de soi. On voulait un support qui puisse inclure le plus de monde possible. Ça permet aux femmes, comme aux hommes, de découvrir des contenus qui les concernent. A travers notre media on voulait que chacun se retrouve. Le mouvement « Ne critiquez plus les médias, soyez les médias » nous a beaucoup séduites ».

 

L’idée grandit, petit à petit, puis se concrétise et se matérialise : Galante sera leur support d’expression et le numéro 00 aura pour thème la levrette.

 

Texte : Charlotte Herzog ∞ Voix : Odile Lafond ∞ Musique : Candi Staton – You got the Love ∞ Source : YouTube

 

Suite à cette rencontre, se forme un véritable collectif.

Sept femmes partagent l’aventure de Zoé et Charlotte, comme des amazones qui se réunissent pour faire bouger les lignes. Toutes ont une activité professionnelle parallèle, mais ont l’envie de créer quelque chose qui leur ressemble, vraiment, sans édulcorant. Aujourd’hui, Charlotte est journaliste diplômée et Zoé est tatoueuse résidente aux pavillons des Canaux, mais elles sont aussi à chaque instant Galante.

 

 


Galante, tout un symbole


Après un brainstorming, Zoé trouve le nom de Galante.

« Je me suis rendu compte que c’était l’un des seuls mots qui est surtout utilisé pour les hommes. Il y a beaucoup d’hommes galants, qui séduisent les femmes par des petites attentions, mais pour les femmes cela n’existe pas. Lorsque j’ai recherché la définition d’une femme galante je me suis rendu compte qu’on l’employait avant. Ce terme définissait une prostituée. Du coup, c’est un bon pied de nez. On peut aimer plaire, être libérée, sans se faire payer ».

En reprenant un terme vintage, pour nom, le collectif s’inscrit aussi dans une lignée de revendications qu’il transpose en 2017. « C’est une façon de dire que le combat continu, tout en soulignant par où les femmes sont passées avant nous. » m’explique Charlotte.

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De l’idée au fanzine


Le support du fanzine, suggéré par Zoé, est immédiatement accepté par Charlotte.

« Dans mes études de graphisme c’est le support qui m’avait le plus parlé » m’explique Zoé. Il faut dire qu’il est particulièrement adapté à leur ligne éditoriale.

Le fanzine est l’objet par définition de la liberté, mais aussi de la rébellion contestataire et de l’indépendance. Dedans, on y fait ce que l’on veut et celui qui le crée fixe les règles. Par ce medium le collectif a la liberté de changer sa forme, à tout moment, tout en gardant le fond : un fanzine graphique, érotico-féministe qui aborde un nouveau thème à chaque parution.

 

Avoir choisi le fanzine, c’est aussi avoir fait le choix de la création, de l’artisanat.

Dans leur atelier, à Montreuil, Zoé et Marilou, le squelette du magazine comme les filles le définisse, réalisent toutes les étapes de fabrication : impression en noir et blanc sur du papier recyclé et sérigraphie couleur pour la couverture. « C’est notre souffle, notre inspiration, c’est un travail de petites fourmis » souligne Charlotte.

En plus de donner une identité visuelle forte à Galante, ce procédé « fait maison » rend chaque exemplaire unique.

Imprimé en 500 exemplaires, le fanzine, est distribué dans des concepts stores, des friperies, des boutiques et librairies érotiques, mais aussi lors d’événements.

 

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De l’esthétisme et du fond


Charlotte pilote la rédaction.

Autour d’une thématique elle décline des articles, elle recueille des témoignages et assiste à des conférences. Elle se nourrit de tout ce qui l’entoure, ses impressions, ses recherches et ses découvertes, pour donner corps à Galante.

Si les thématiques changent – la levrette, le strip tease, la prostitution en autres – le fanzine est rythmé par des rubriques qui font office de petits rendez-vous.  Il y a « le point Q », qui parle de culture – dont des films Qltes – « la vie sous X » qui érotise les petites choses du quotidien, « la minute-cocotte », où l’on parle cuisine, « les aventures de Sarah », personnage fictif (ou non), « Jusqu’ici tout va bien », qui donne la parole aux lecteurs, l’heureuxscope …

 

En trois ans, le discours s’est affiné, les textes sont plus percutants et les témoignages inspirants.

« Les gens viennent à nos soirées, veulent poser dans Galante, contribuer, nous soutenir… on leur doit aussi un gage de qualité. Notre leitmotiv c’est de faire toujours un peu mieux » s’enthousiasme Charlotte.

Cette qualité est aussi dûe au fait que beaucoup de personnes souhaitent reprendre la parole dans notre société et le moins que l’on puisse dire c’est que Galante est un beau porte-voix.

« Pour le numéro sur la pornographie, j’avais fait un micro-trottoir filmé. Allez voir les gens pour leur demander ce qu’évoque pour eux la pornographie, en leur précisant que c’est filmé et que ça sera diffusé, semblait presque impossible. Pourtant, ça a bien marché. Je crois que les gens ont envie de donner leur avis. Ils ont envie de participer, même si ce n’est que par provocation ou plaisir d’avoir la possibilité de parler de sexe librement. » me raconte Charlotte. Une expérience similaire pour Zoé qui souligne « Lorsque je fais des appels à témoin pour les shootings, je croule sous les demandes ».

 

Coté illustration, Zoé privilégie les photographies argentiques et n’hésite pas à collaborer avec des artistes indépendants, selon les thématiques.

Derrière l’objectif on découvre un joli mélange de look hip-hop, disco, ambiance funk et soul et des décors qui semblent souvent sortir des années 80.

Pendant la phase de création toutes les filles échangent, racontent leurs expériences, donnent leur vision. Mais tout ne se joue pas que sur le papier. Galante organise une soirée sur la thématique du fanzine : les « Rendez-Vous Galante » pour chaque nouveau numéro. Et comme il est de bon ton d’affirmer son appartenance à Galante, des produits dérivés sont aussi proposés comme des culottes sérigraphiés.

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Le féminisme selon Galante


Pour les fondatrices, le mot féminisme ne devrait même pas exister tant tout le monde devrait fondamentalement l’être. Femme comme homme. Mais ce mot a été, à plusieurs reprises, galvaudé, porté en étendard ou marketé.

Ainsi derrière cette notion il y a autant de courants et de positionnements que d’individus.

« Nous n’acceptons pas quand dans certains événements féministes nous entendons des discours comme « Toi tu es un homme, tu ne parles pas ». Ce n’est pas notre lutte. » souligne Zoé. « C’est toujours embêtant quand le mot est instrumentalisé, car on oublie les fondamentaux de la cause. ».

Galante ne se retrouve pas nécessairement dans toutes ces formes, mais maintient un positionnement fort et engagé.

 

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres on devra clamer notre féminisme.

 

« Le féminisme, c’est la quête pour l’harmonisation et la complémentarité des hommes et des femmes. Il ne s’agit pas de tout lisser. Nous reconnaissons les spécificités et les limites de chacun. Mais il faut que nous puissions vivre ensemble. Tant que toutes les femmes dans le monde, la moitié de la planète, ne seront pas libres on ne pourra pas arrêter de se battre », souligne Charlotte

 

 


L’érotisme selon Galante


La force de Galante est de nous proposer un regard différent, car féminin.

En effet trop souvent l’érotisme est construit sous un angle fantasmé de la femme vulgaire et provocante pour la rendre érotique. Or ce n’est pas du tout sexy. Galante nous donne une nouvelle définition de l’érotisme. Celle qui sublime la femme de caractère, indépendante, élégante, subtile, naturelle et originale.

Pour permettre à cette femme de s’épanouir, Galante invite à se réapproprier son corps et sa sexualité, et à les assumer.

« Pour nous l’érotisme, c’est tout ce qui touche à la sexualité et à la sensualité. C’est à l’inverse de la pornographie. C’est l’acceptation de soi. La rencontre avec son corps, ses poils, ses frissons. Accepter l’autre par soi-même et vice versa. C’est sauvage, c’est se renifler, se sentir, se toucher, se regarder… C’est une histoire d’énergie. C’est d’avoir le choix, se sentir libre. » revendique le duo.

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Donner du corps à la femme


Lire Galante est donc une réelle bouffée d’air frais, car le moins que l’on puisse dire, c’est que les médias traditionnels ont tendance à ne pas épargner le corps de la femme. Les derniers événements, telles que la polémique sur la couverture d’Emma Watson ou la dernière campagne d’YSL ne sont pas là pour nous contredire.

Petit rappel, à 24h de la journée internationale de lutte des femmes, pour l'égalité des droits…La réponse d' Emma Watson en dit long !

Publié par Lelabonet – Make it Now sur mardi 7 mars 2017

Mais, heureusement, de plus en plus de femmes créatives proposent des alternatives. Galante fait partie de ce courant.

Allier les notions féminisme et érotisme c’est aussi souligner le fait que la femme a le choix de faire ce qu’elle veut de son corps, de le sublimer ou non, mais aussi de ressentir du plaisir. « On veut aussi parler de sexualité simplement, sans jugement. » souligne Zoé.

 

Car le plaisir féminin est souvent tabou.

Zoé m’explique, « La première échographie du clitoris date de 2004, et elle n’est même pas dans les manuels scolaires. C’est comme si le clitoris n’avait pas lieu d’être évoqué ou fléché sur les planches anatomiques, étant un organe qui n’appartient qu’à la femme. Alors que l’on étudie tout le système reproductif de la femme et que l’on nous parle de la verge, en cours. ». Un questionnement qui tient particulièrement à cœur à Galante qui s’apprête à sortir son prochain numéro, que l’on retrouvera fin mai, sur la thématique de l’orgasme.

 

Une prochaine sortie que je ne manquerai pas de relayer, car il est toujours bon de s’octroyer un espace de liberté.

En attendant, vous pouvez suivre Galante sur Facebook ou acheter les derniers numéros :

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0 Comments

  • 7 mois ago

    Très belle et (d)étonnante découverte ! C’est un angle inattendu du féminisme militant. Et le concept d’un érotisme à l’opposé de la notion de pornographie est intéressant. Au passage, j’aime la notion de fanzine. Ils ont une liberté et une authenticité que beaucoup de journaux et mag’ perdent en route.

    • 7 mois ago

      Je suis d’accord avec toi à 100% et mon dieu que j’aime les fanzines 😉

  • 7 mois ago

    Je ne connaissais pas du tout ! Cette vision du féminisme est assez… surprenant 😀 Mais belle découverte ! J’ai parlé des fanzines dans mon mémoire, ça m’a rappelé des bons souvenirs du coup aha

    • 7 mois ago

      Je suis ravie de t’avoir rappelé de bons souvenirs avec le fanzine. En effet c’est une autre vision du féminisme et c’est pour cela que je trouve important d’en parler 😉 Le féminisme est un grand mot mais il y a tellement de courants dedans

  • enaelle24
    7 mois ago

    Super! Merci pour la découverte 🙂 Je vais aller voir ça de plus près! Il y a un hors-série de Causette dédié au clitoris, et j’ai halluciné de découvrir tout ce que j’ignorais à ce sujet!

  • 7 mois ago

    Alors moi ce qui me fait plaisir au delà de la liberté mentionnée, c’est de voir encore un duo de filles ! C’est cool de voir tous ces binômes féminins par ici !

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Interview Galante Lelabonet
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